Fabienne & Guillaume, deux corps offerts au vent

La liberté a ses protocoles, surtout en parapente. Avant de toucher les nuages, il faut d’abord toucher le sol. Longtemps. Patiemment. Avec méthode.

À travers ce reportage, j’ai voulu capturer l’essence de cette liberté suspendue en suivant deux passionnés — Guillaume Roduit, de Saillon, et Fabienne Lepori, de Fully — des parapentistes passionnés, sur deux sites d’exception au cœur des Alpes valaisannes.

Guillaume, là où le ciel commence - juillet 2026 - Croix de Coeur
Guillaume, là où le ciel commence – juillet 2026 – Croix de Coeur

Le premier site est sur le plateau de la Croix de Cœur, là où face aux géants de pierre, le temps s’arrête. C’est ici que Guillaume pratique le soaring — cet art délicat de surfer le vent de pente, suspendu entre ciel et relief, sans trop monter, sans trop descendre. Juste durer. Démêler les suspentes, guetter la manche à air, ressentir la brise sur le visage. Une impulsion franche, la voile se gonfle, et la terre cède doucement la place au ciel.

Le second site est Béplan en dessus d’Evolène, Fabienne et Guillaume se rendent compte pendant une matinée de juillet que la descente sera très forcée sur terre. Le vol s’achèvera au cœur du Val d’Hérens, face à la Dent Blanche, à Evolène. Un atterrissage tout en douceur dans l’herbe alpine, suivi de ce sourire complice que partagent ceux qui viennent de toucher du doigt l’absolu.

Fabienne, là où le ciel commence - juillet 2026 - Evolène
Fabienne, là où le ciel commence – juillet 2026 – Evolène

Le vent d’abord

Que ce soit sur le plateau de la Croix de Cœur ou dans les vallons d’Evolène, Guillaume et Fabienne ne regardent jamais d’abord le ciel. Ils regardent ce qu’on ne voit pas. Ils regardent le vent.

Tout commence par le sondage atmosphérique. Une habitude, presque un rituel obsessionnel. Les applications météo s’enchaînent, comparées, croisées. On scrute les modèles de prévision, on traque les fenêtres de vol — ces précieuses heures où le vent devient complice.

« On ne décolle jamais à l’aveugle », confie Guillaume en faisant défiler les données sur son écran. « Les sondes nous donnent la structure de l’air en altitude. On sait déjà, avant même d’arriver sur site, ce que le ciel nous réservera. »

Courbes de température, indices de convection, hauteur des thermiques attendus — autant d’informations absorbées, digérées, puis transformées en une seule chose : une décision.

Guillaume, là où le ciel commence - juillet 2026 - Croix de Coeur
Guillaume, là où le ciel commence – juillet 2026 – Croix de Coeur

Les mains qui préparent le ciel

Sur l’herbe rase de la crête, la voile est déposée avec le soin qu’on réserve aux choses précieuses. Vient alors le moment le plus silencieux de la journée : le démêlage des suspentes.

Brin par brin, ligne par ligne. Les doigts progressent lentement le long des cordes, vérifiant chaque nœud, chaque passage, chaque tension. Pas de précipitation. C’est un geste presque méditatif — une conversation tactile et intime avec le matériel.

« Quand je démêle mes suspentes, je me vide la tête », sourit Fabienne. « C’est ma façon d’entrer dans le vol avant même que mes pieds ne quittent le sol. »

Guillaume, là où le ciel commence - juillet 2026 - Croix de Coeur
Guillaume, là où le ciel commence – juillet 2026 – Croix de Coeur

 


Le contrôle, centimètre par centimètre

La voile est ensuite inspectée avec une minutie chirurgicale. Chaque cellule du bord d’attaque, chaque couture, chaque point d’attache. Le harnais suit — sangles, système de secours, vario… La checklist n’est pas écrite sur un papier. Elle est gravée.

« On vérifie toujours, même ce qu’on connaît par cœur », dit Guillaume sans lever les yeux. « Surtout ce qu’on connaît par cœur. »

Fabienne et Guillaume, là où le ciel commence - juillet 2026
Fabienne et Guillaume, là où le ciel commence – juillet 2026

La décision

Puis vient l’instant suspendu. Debout face au vide, ils observent la manche à air frémir dans la brise. Ils lisent les herbes qui se couchent, les oiseaux qui montent en spirale silencieuse.

Un regard échangé. Un hochement de tête imperceptible. Tout est prêt. Le ciel aussi.

Guillaume, là où le ciel commence - juillet 2026 - Béplan
Guillaume, là où le ciel commence – juillet 2026 – Béplan

L’envol

L’impulsion est franche. La voile se gonfle en une fraction de seconde, les suspentes se tendent comme des cordes d’instrument, et les pieds quittent le sol avec une légèreté qui contraste avec la densité de tout ce qui a précédé.

Ce qui ressemble, de loin, à de la liberté pure est en réalité le fruit d’une rigueur absolue.

« Plier sa voile le soir, c’est promettre de revenir », murmure Fabienne au moment de l’atterrissage, dans la lumière dorée du Val d’Hérens.

Une promesse tenue, vol après vol, saison après saison.

Merci à Fabienne et Guillaume pour leur confiance, leur générosité et cette passion partagée entre cimes et vallées.

Jean-Paul Persiali, alias Jeepix